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Erasmo Carlos - Sonhos e memorias
jeudi 23 septembre 2010.
Erasmo Carlos est une sorte d'incarnation du rock au Brésil. Traumatisé de la première heure par le 'wock'n'roll' il devra attendre que passe la vague Bossa Nova pour apparaître aux yeux du grand public avec son compère - et non son frère - Roberto Carlos. On est en 1965 et Erasmo et Roberto embrasent la jeunesse chauffée à blanc par la deuxième vague du rock, celle des Beatles. Ces figures de proue du iê-iê-iê comme l'appellent avec un certain dédain les musiciens sérieux animent un show télé, Jovem guarda et enchaînent les chansons emblématiques. Pour une intelligentsia culturelle un rien nationaliste c'est la catastrophe : des guitares électriques, des chansons plutôt simplistes, qui s'adressent à une jeunesse pervertie, décérébrée par le grand frère du Nord. N'empêche, il existera au Brésil comme ailleurs un vrai mouvement garage sachant manier la guitare Fuzz avec autant de dextérité que les grands frères occidentaux et la prise en compte du mouvement Jovem Guarda sera déterminante dans la direction prise par Caetano Veloso et Gilberto Gil qui apparaîtront bientôt accompagnés de groupes de rock tels que les Beat Boys ou Os Mutantes. A la fin des années 60 le mouvement se dissout. Tandis que Roberto Carlos, la vraie vedette des deux, entame une carrière de chanteur romantique, Erasmo, lui, reste fidèle à l'esprit du rock et sort en solo plusieurs albums au début des années 70 dont Sonhos e memorias 1941 - 1972. Erasmo Carlos, alors jeune père, goûte aux joies de la vie de famille. Lui, le révolté, l'authentique rocker dont les prestations scéniques furent interdites parce que trop sensuelles, s'assoit, se souvient et regarde, de son jardin, vivre sa famille et ses amis. On est invités aussi. Sonhos ..., disque à l'atmosphère chaleureuse, respire la plénitude. Erasmo Carlos s'est entouré de musiciens précieux, José Roberto, futur Azimuth, des membres de O Terço, de Som Imaginário et les morceaux bénéficient d'un son moelleux et profond. On y entend des nappes d'orgues et de synthétiseurs, des sons alors tout neufs. Les compositions sont traversées par les courants musicaux du Brésil, le samba soul, la MPB, mais aussi marquées par l'Amérique du Nord. Cette influence, tonitruante dans un morceau plutôt balourd comme Bom dia rock'n'roll est partout sensible dans l'interprétation et l'approche des chansons. D'où cette impression d'un disque plus proche de l'auditeur occidental que les habituels disques brésiliens. L'écriture est solide, Erasmo Carlos est un compositeur à la source duquel nombre d'interprètes se sont abreuvés. On trouve sur la première face le très beau Mane joao, compilé sur le after Tropicalia de SoulJazz mais les trois morceaux qui s'enchaînent en fin de face A et au début de la seconde face constituent à mon avis le point d'orgue du disque. Mundo cao ravira les amateurs de basse virevoltante. Pas de batterie, une simple guitare dont le motif est proche au départ du Tighten' up de Archie Bell and The Drells, de discrètes percussions et un chœur final. Un ange passe. On est vite attendri par l'orgue de Sorriso Dela qui repose ensuite sur le couple basse - percussion avec cette petite guitare si bien inspirée d'être là. Sabado morto part sur les mêmes bases, semble-t-il, jusqu'à la surprise du milieu qui voit le morceau basculer dans la BO de Virgin Suicides. J'ai pris une claque et j'ai compris pourquoi ce disque est si difficile à trouver aujourd'hui : personne ne veut s'en séparer. |
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Tuca I love you
jeudi 23 septembre 2010.
Tuca la mystérieuse, guitariste brésilienne exilée en France, a prêté dans les années 70 son instrument et ses idées d'arrangements à deux disques sublimes enregistrés à quelques mois de distance à Paris, La Question de Françoise Hardy et Dez Anos Depois de Nara Leão. Grâce aux commentaires d'un billet paru en son temps sur la blogothèque et à Loronix, les pièces du puzzle de sa vie ont commencé à s'assembler.
Tuca est donc décédée en 1978 des suites de régimes draconiens, morte de s'être sentie trop grosse. De faim ? Une crise cardiaque consécutive à ses régimes selon la notule du dictionnaire de la mpb. En revoyant la pochette d'un 45 tours sorti en France, je me suis senti mal à l'aise. Qu'est-ce qu'elle fait là, Tuca, captée dans ces clichés de fille enveloppée et rigolarde, bonne vivante. Negro negrito, non mais. Rien à voir avec la Tuca que je connais.
On est au début des années 70 et Tuca sort donc quelques 45 tours aux pochettes hautes en couleurs aujourd'hui introuvables. Difficile de savoir quand Philips la lâche, ou plutôt la libère mais Dracula I love you, qu'elle enregistre en France au château d'Hérouville sortira finalement au Brésil sur le label Som Livre - l'antenne discographique de TV Globo - en 1974. C'est un drôle de disque. Les arrangements et le son m'évoquent clairement La Question. Ils éclairent, s'il en était besoin, la part prise par Tuca dans la conception du disque de Françoise Hardy. Sa beauté tenait en partie dans cette rencontre entre masses chaudes et froides, le bouillonnement souterrain apporté par Tuca marié à la douceur de Françoise Hardy. Sur Dracula I love you plus aucune barrière ne retient la lave en fusion. Les coulées s'échappent, créent des formes bizarres et intrigantes. Dracula I love you ne ressemble pas aux disques brésiliens que je connais, à part peut-être ceux enregistrés à Londres par Caetano Veloso. Ses emportements me paraissent osés, presque impudiques dans le contexte de cette musique que j'écoute tous les jours. Un peu comme si Tuca, loin d'un bain culturel nourrissant mais aussi, d'une certaine façon, castrateur, avait créé l'album d'une "personne" brésilienne, révélée - désinhibée - par son exil européen. Un disque passionnant et métis de mpb européenne. |
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Tuca, Françoise et Nara
jeudi 23 septembre 2010.
Le premier disque est nu, Nara et Tuca dans les studios Polydor, des micros, parfois un piano. Nara plane au dessus de versions dépouillées à la beauté restaurée comme seule une fille qui a vu naître la Bossa Nova dans son appartement peut le faire. Des arrangements soyeux et discrets signés de son ami Roberto Menescal, de Luiz Eça et de Rogerio Duprat pour une version magnifique de Primavera viennent illuminer le second disque. Album à la beauté sans artifice, Dez anos depois est de ce genre de disque pur dont l'existence rassure, à avoir toujours avec soi, tapis au fond de l'ipod. Tuca reste une inconnue, dont l'histoire ne se retrace que par bribes. Alors je repense à cette année 71 et je rêve de rencontres extraordinaires, de Nara, Tuca et Françoise dans la fumée qui s'écoutent et se projettent. |