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Mon premier disque de Jorge ben, je l'ai trouvé dans un dépôt-vente. Des dizaines de bacs sous un hangar, des disques rangés n'importe comment et toujours cet espoir un peu débile de tomber sur une perle. Un peu débile parce que ces bacs ont évidemment été creusés maintes foi par des mains bien plus expertes qui en ont extirpé tout ce qui peut avoir un minimum de valeur. Un peu débile parce que tout ce qu'on trouve ce sont généralement de vieux disques disco usés jusqu'à la corde, des disques offerts à des anniversaires ou des victimes du complet renouvellement en CD de la collection familiale des Michel Sardou (l'homme au regard triste, pas celui que j'aime bien). Mais c'est justement ce qui fait le charme de cette activité : son côté foncièrement looser, cette naïveté dans le geste. Un peu comme le joueur de Tacotac qui se dit en achetant le billet suivant : allez, c'est peut-être le bon. Mais cette lucidité n'est qu'une façade : je crois profondément que le prochain disque sera la merveille que je n'attends plus.
J'avais donc tiré cette pochette en bon état mais complètement décollée - Un bon VG quoi. Le dessin de la pochette semblait avoir été commandé à une classe d'école primaire. Il ressemblait à ces fresques qu'on croise parfois sur certains murs tristes. De la couleur pour cacher le gris. Il y avait d'un côté « Brother », de l'autre « A tabua de Esmeralda ». Je connaissais Jorge Ben. Il était même à l'origine d'une passion naissante pour la musique brésilienne. Un virus attrapé par le versant groove avec une compilation assez démente, Brazilian beats, la première du nom, chez Mr Bongo. Mais je connaissais peu. Sur cet album, aucun repère et surtout, pas de Carol Carolina Bela, avec Toquinho. Le soir même, sur le PC de mon père, je tapais ces mots fatals - Jorge Ben - A tabua de esmeralda. Ils m'entraînèrent en une fraction de seconde dans l'antre de Joe Sixpack. Là se trouvait la discothèque de toute une vie, des tonnes et des tonnes de disques brésiliens. J'épluchais la discographie de Jorge Ben. Apprendre que A Tabua de Esmeralda était un très bon disque ne me rassurait pas trop : et si quelqu'un me l'avait déjà piqué ? ouf, non. Le lendemain au dépôt-vente il était toujours là. La pochette était moche, mais la Sacem avait perçu son dû : le disque était bien un pressage français daté de 1974, soit l'année de sortie du disque au Brésil. Il faut dire qu'on était au sommet de la période de popularité de Jorge Ben en France. A tabua de Esmeralda est un album formidable, comme tous ceux de la série bénie : Jorge Ben en 1969, Fôrça bruta (1970), Negro e lindo (1971), Ben (1972). Un album acoustique et relax, tout doux, tout proche. Une guitare, quelques chœurs, des cordes discrètes … Ses chansons, Jorge Ben semble parfois les inventer devant nous. En un mouvement il leur donne forme, les emmène où il veut. Elles semblent complètement sa chose, elles ne sont en fait qu'une émanation de son corps, comme un troisième membre élastique qui pourrait subir toutes les contorsions, prendre toutes les formes.
Je suis très fan de cette période acoustique qui court de 69 à 74, quand la soul s'immisce, les beaux arrangements aussi. Bon allez, sur la radio, une compilation, mais de morceaux rarement ou jamais entendus sur les compilations. Zou. Forum de l'article
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