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Jorge Ben d'or
mardi 9 mai 2006.

Mon premier disque de Jorge ben, je l'ai trouvé dans un dépôt-vente. Des dizaines de bacs sous un hangar, des disques rangés n'importe comment et toujours cet espoir un peu débile de tomber sur une perle. Un peu débile parce que ces bacs ont évidemment été creusés maintes foi par des mains bien plus expertes qui en ont extirpé tout ce qui peut avoir un minimum de valeur. Un peu débile parce que tout ce qu'on trouve ce sont généralement de vieux disques disco usés jusqu'à la corde, des disques offerts à des anniversaires ou des victimes du complet renouvellement en CD de la collection familiale des Michel Sardou (l'homme au regard triste, pas celui que j'aime bien). Mais c'est justement ce qui fait le charme de cette activité : son côté foncièrement looser, cette naïveté dans le geste. Un peu comme le joueur de Tacotac qui se dit en achetant le billet suivant : allez, c'est peut-être le bon. Mais cette lucidité n'est qu'une façade : je crois profondément que le prochain disque sera la merveille que je n'attends plus.

J'avais donc tiré cette pochette en bon état mais complètement décollée - Un bon VG quoi. Le dessin de la pochette semblait avoir été commandé à une classe d'école primaire. Il ressemblait à ces fresques qu'on croise parfois sur certains murs tristes. De la couleur pour cacher le gris. Il y avait d'un côté « Brother », de l'autre « A tabua de Esmeralda ». Je connaissais Jorge Ben. Il était même à l'origine d'une passion naissante pour la musique brésilienne. Un virus attrapé par le versant groove avec une compilation assez démente, Brazilian beats, la première du nom, chez Mr Bongo. Mais je connaissais peu. Sur cet album, aucun repère et surtout, pas de Carol Carolina Bela, avec Toquinho. Ce n'est pas parce que c'est pas cher qu'il faut s'encombrer de tout ce qui traîne, je me suis dit, et j'ai laissé le disque en me disant que j'allais un peu me renseigner.

Le soir même, sur le PC de mon père, je tapais ces mots fatals - Jorge Ben - A tabua de esmeralda. Ils m'entraînèrent en une fraction de seconde dans l'antre de Joe Sixpack. Là se trouvait la discothèque de toute une vie, des tonnes et des tonnes de disques brésiliens. J'épluchais la discographie de Jorge Ben. Apprendre que A Tabua de Esmeralda était un très bon disque ne me rassurait pas trop : et si quelqu'un me l'avait déjà piqué ? ouf, non. Le lendemain au dépôt-vente il était toujours là.

La pochette était moche, mais la Sacem avait perçu son dû : le disque était bien un pressage français daté de 1974, soit l'année de sortie du disque au Brésil. Il faut dire qu'on était au sommet de la période de popularité de Jorge Ben en France. 1974 : Nicoletta surfait sur la vague MPB avec Fio Maravilha. Son nom c'était le soleil, vous savez ! ? Des paroles de Boris Bergman recyclant les clichés des favelas au soleil de la samba lalalala, alors que la chanson originale parle d'un footballeur de seconde division aux dribles terribles je crois. Quel malheur. Mais Jorge Ben avait ainsi eu le droit à une sortie française (il a même sorti un live à l'Olympia en 75, rendez vous compte).

A tabua de Esmeralda est un album formidable, comme tous ceux de la série bénie : Jorge Ben en 1969, Fôrça bruta (1970), Negro e lindo (1971), Ben (1972). Un album acoustique et relax, tout doux, tout proche. Une guitare, quelques chœurs, des cordes discrètes … Ses chansons, Jorge Ben semble parfois les inventer devant nous. En un mouvement il leur donne forme, les emmène où il veut. Elles semblent complètement sa chose, elles ne sont en fait qu'une émanation de son corps, comme un troisième membre élastique qui pourrait subir toutes les contorsions, prendre toutes les formes.

Je suis très fan de cette période acoustique qui court de 69 à 74, quand la soul s'immisce, les beaux arrangements aussi. Toutes ces années Philips appartiennent aujourd'hui à Universal qui en distille les morceaux sur des compiles dont souvent seul le packaging change. Les gens ont sans doute eu le tort de ne pas acheter en masse la luxueuse réédition de Africa Brasil. Les compilations ne remplacent pourtant pas la merveilleuse cohérence d'albums inventifs et chaleureux tels que Ben (un des sommets de la MPB selon Caetano Veloso) ou Negro e lindo, Black is beautiful tout en douceur magnifié par les arrangements d'Arthur Verocai et aujourd'hui sans doute le plus rare de tous.

Bon allez, sur la radio, une compilation, mais de morceaux rarement ou jamais entendus sur les compilations. Zou.



Forum de l'article

  • > Jorge Ben d'or
    19 novembre 2007, par arnaud claracq

    bonsoir

    dans ton article tu fais allusion à un footballeur il s'agit de fio maravilha, attaquant du flamengo au début des années 70 (lorsque tous les brésiliens ou presque évoluaient au pays) ijorge ben composa un titre en son honneur, mais dût le transformer de fio maravilha en filho maravilha, devant l'opposition du joueur, aujourd'hui restaurateur à san francisco, sur you tube il y a l'interview de fio 30 ans après dans laquellle il explique sa version d ela discorde

    salve jorge

  • > Jorge Ben d'or
    14 mai 2006, par Alex6
    Bonjour et bravo pour votre blog et le texte sur Jorge Ben. Je partage complètement votre enthousiasme pour cet artiste que je découvre, avec la musique brésilienne, depuis un an. Ce matin, j'ai fait un vide grenier à la Colle-sur- loup (06) et trouvé le Lp Forca Bruta dont vous parlez. Quand on se penche sur un bac de disques, même d'allure un peu pourrie, on ne sait jamais quelle perle peut se cacher au fond ... On peut encore faire de belles trouvailles... il faut y croire. Pour ma part, je vois souvent le lp Brother (pardon, A tabua de Esmeralda) qui est en effet fantastique, et la compilation Philips 24 grands succés de Jorge Ben. Précision : la fortune sourit, parfois, aux courageux léve-tôt du dimanche matin mais ce n'est pas obligé non plus. Quand la chance est là...
    • > Jorge Ben d'or
      14 mai 2006, par bruno
      "... trouvé le Lp Forca Bruta dont vous parlez". C'est la même pochette ? Parce que la pochette française est ignoble malheureusement. Mais ça ne gâte pas la musique qui s'y trouve ;-) Le trouver en vinyle est quasiment le seul moyen de pouvoir écouter ce disque puisqu'il n'a pas été réédité en CD depuis plus de dix ans.
  • > Jorge Ben d'or
    10 mai 2006
    C'est vraiment vraiment vrai, ce que tu racontes à propos des bacs de disques. Au moment de ma première recherche, à la brocante située à 50m de chez moi, j'ai trouvé au milieu des Sardou et des Claude François Sign o' the Times (rayé, et que je n'avais qu'en cassette), l'album éponyme de The band (un vrai chef d'oeuvre), deux Melanie et deux Sergio Mendes, sans compter un Jorge Ben (Solta e pavao) fantastique, pour lequel je me suis repris aussi à deux fois, et le tout pour un euro chacun. Mais les premières expériences sont trop belles pour être vraies, puisque les bonnes pioches se sont rarement répétées depuis. Mais je partage ton fol espoir. Des fois, je me dis que c'est un peu con-con, mais la quête de la trouvaille est tellement enivrante que bon... Quant à Jorge Ben, dedieu que c'est dur de trouver le moindre de ses albums, du moins à Bruxelles après ce coup de pot, le seul que j'aie pu trouver (par des moyens légaux) était un medley de ses plus grands succès intitulé 10 anos depos, pas enthousiasmant. En tout cas, merci pour la radio blog.
    • > Jorge Ben d'or
      11 mai 2006, par bruno
      oui, ce 10 anos depois est très courant et pas terrible du tout. Sinon il faut aller sur ebay ou chez des disquaires en ligne mais évidemment, là, tu rentres dans un tout autre système ...
  • > Jorge Ben d'or
    9 mai 2006, par kfigaro

    j'ai justement reçu les CDs de "A tabua de Esmeralda" et le "Jorge ben" de 1969 (celui avec la belle pochette façon Douanier Rousseau), malheureusement celui de 1969 est semble t'il un bootleg... et je ne sais même pas si ça existe encore en CD officiel d'ailleurs ?

    à ton avis ?

    • > Jorge Ben d'or
      9 mai 2006, par bruno
      oui il existe en CD, la preuve. Mais il est sorti au début des années 90 et vraisemblablement en petites quantités (les débuts du CD). Je ne l'ai jamais vu. On le trouve en vinyle même si il est assez recherché (c'est normal, c'est quasiment un best of à lui tout seul) et donc plutôt cher.
      • > Jorge Ben d'or
        10 mai 2006, par kfigaro
        ah, je peux m'estimer heureux de l'avoir alors ! ;) surtout que je ne l'ai pas payé très cher en plus ! :-)
        • > Jorge Ben d'or
          17 août 2006, par oOm

          hellO bruno

          on avait eu l'occasion de parler ensemble de Jorgen Ben, je cherchais désespérement le titre du seul 33t de lui que je possède, eh bin c'est çuilà !(au passage, la pochette, je la trouve pas si hideuse que ça)

          moi, je l'ai trouvé au hasard d'un stand planches en contre-plaqué/tréteaux d'un brocante de village du sud

          je l'ai pas réécouté depuis des lustres mais je me souviens d'une sublime chanson avec ces mots "errare humanum est"...